Agencement d’éléments selon un sens nouveau, l’art s’adresse à l’émotion et à la sensibilité, cherche à nous faire vivre une expérience. Alors que l’intellect et la raison ne peuvent que dire et démontrer les choses, l’art les montre. Qu’est-ce que l’intellect peut nous révéler sur l’art, sur le sens de ce qu’exprime l’indicible ?
Des films, romans, peintures, musiques, pièces de théâtre, certaines œuvres ont marqué profondément les civilisations ou nous-mêmes. Qu’est-ce qui est sous-jacent à leur pouvoir ?
Pour la prochaine rencontre, j’invite ceux et celles qui le désirent à préparer un court exposé sur un article ou un chapitre de livre traitant de l’art. Vous pouvez également préparer un court exposé sur votre propre point de vue sur le thème. Votre présentation pourra chercher à répondre à l’une des deux questions précédentes ou à en soulever une nouvelle. Les autres participants-es pourrons ensuite la commenter et donner leur propre point de vue. Une préparation qui est évidemment non obligatoire.
Notes de lecture du livre:
ERNST GOMBRICH, Histoire de l’art
Flammarion, 1990
Un classique, ce livre trace un panorama à peu près complet de l’histoire de l’art depuis les âges primitifs jusqu’aux courants exploratoires de la première moitié du XXème siècle. C’est un ouvrage de vulgarisation très réussi. Les chapitres sont courts, très bien illustrés et mettent l’accent sur quelques idées forces. Son plus grand mérite est de nous montrer que la beauté peut être dans tous les âges et toutes les cultures. Ou en être absente quand l’art sert à instruire ou à convaincre. Gombrich nous rend les traditions et les modes artistiques plus intelligibles.
Pour l’art primitif, l’exactitude de la représentation a peu d’importance. L’objet artistique est une évocation du dieu et, même imprécise, cette évocation peut fonctionner et avoir un pouvoir. En somme, c’est la croyance qui compte. Les Égyptiens représentaient ce qu’ils savaient être, les Grecs ce qu’ils voyaient, les Nordiques ce qu’ils ressentaient.
Le pape Grégoire a eu une influence énorme sur l’art occidental puisqu’il a permis les représentations. Pendant le millénaire qui a suivi, l’art religieux a été florissant. Dans l’Église byzantine, on a été moins permissif. On a autorisé les représentations qu’en autant qu’elles aient un fort contenu spirituel et répondent à certains canons. D’où l’art des icônes.
Les Musulmans ont été plus stricts dans l’interdiction des représentations ce qui a donné des développements prodigieux dans l’utilisation des formes et des couleurs. C’est l’art de l’arabesque qui a quelque chose de très moderne. Pour des raisons plus obscures les moines irlandais du bas moyen-âge et les vikings ont également produits de grandes réussites dans l’art des courbes et des entrelacs.
L’art oriental a été influencé par le bouddhisme. La tradition chinoise ne cherchait nullement à reproduire le réel mais plutôt à susciter la méditation à partir de la beauté éternelle de l’univers. Comme l’art des icônes, la peinture chinoise est une tradition et elle ne cherche pas à innover mais plutôt à reproduire le savoir des maîtres.
Les artistes médiévaux, entièrement consacrés à l’expression de la ferveur religieuse, ne s’astreignaient pas à imiter le réel même s’ils auraient pu le faire, n’ayant pas totalement perdu les techniques antiques. Ils étaient libres de choisir les couleurs et les poses qu’ils voulaient pour illustrer et «c’est ce refus de se contraindre à reproduire le monde visible qui leur a permis d’exprimer le surnaturel de façon efficace.» (136)
Il est plutôt surprenant que l’auteur passe très rapidement sur les peintres du XXème siècle. Pour lui, ceux-ci ont dans une large mesure repris les approches des Égyptiens ou des primitifs. C’est comme si l’histoire de l’art avait alors terminé un cycle complet de recherches sur les agencements possibles entre la vérité et l’illusion, entre les formes et la couleur.
Par Jean-Claude Cloutier le 14 octobre 2010
à 19:19